Kes ce que c ?

Interview de Bertrand Rigaux

Bertrand Rigaux est en résidence sur notre territoire dans le cadre du CLEA. Que fait-il ? Quels sont ses talents artistiques ? Il répond à vos questions. 

 

Pouvez-vous vous présenter en quelques lignes ? 

J'ai bientôt une quarantaine d'années, et je me consacre depuis presque quinze ans maintenant au développement d'une production artistique. Voilà pour une rapide chronologie. J'ai auparavant étudié aux Beaux-Arts de Tarbes, puis de Marseille, avant d'aller à Tourcoing, pour intégrer pendant 2 ans l'école du Fresnoy, le studio national des arts contemporains. Ma présence ici est une sorte de retour dans une région familière.

Expliquez-nous votre art.

C’est la nature des choses qui m’intrigue, l’émotion que l’on ressent face au réel, quand cela ne va pas de soi. Pour évoquer cela, j'aime user de petites choses, de gestes simples, qui ont davantage trait à l’esprit qu’à l'œil. Durées, mesures, répétitions ou jeux de mots sont quelques uns des ressorts utilisés dans mes œuvres, qu'elles soient vidéos monochromes, écriture poétique, objets détournés, ou encore concert.

Quel est votre œuvre la plus célèbre ?

Difficile de répondre à cette question. Mais la plus ambitieuse d'un certain point de vue est une vidéo réalisée avec l'Observatoire de l'Espace, le laboratoire Arts/Sciences du Centre nationale d'Études Spatiales, intitulée « Un objet à l'infini de déclinaison ». Une caméra fixée à un ballon-sonde filme une montée à travers le ciel. À 35 kilomètres d’altitude, le ballon éclate en raison de la pression. La caméra chute. La vidéo en résultant est d’une durée d’environ 2 heures, absolument silencieuse et quasi-monochrome, on ne voit que les variations du bleu céleste à mesure de l'élévation dans les airs. 

Que pensez-vous du territoire Flandre Lys depuis votre arrivée ? 

C'est un territoire particulier, avec un maillage dense, mi-ville, mi-campagne, c'est un vrai entre-deux, j'aime beaucoup les entre-deux. Mais j'essaie de ne pas trop le penser justement, je préfère simplement l'observer et le vivre, pour trouver ses modes de fonctionnement, et pouvoir m'y inscrire. C'est un temps de vie nécessaire pour comprendre, prendre avec soi.

Vous inspire-t-il ?

Les ciels sont parfois incroyables. C'est la première chose qui me vient à l'esprit, la qualité de la lumière ici est véritablement remarquable. De même, le bâti industriel du siècle précédent est un très beau patrimoine architectural

Quels sont vos objectifs pour ce CLEA ?

Amener des rencontres fructueuses. Découvrir sous un autre jour son environnement proche. Pouvoir faire comprendre, à travers toute une série d'actions et de gestes, que l'art peut se rencontrer où l'on ne s'y attend pas, pour peu qu'on y prête attention. En fait, qu'il s'agit davantage d'une disposition d'esprit. Je pense que c'est véritablement important.  Et cela peut concerner chacun, du plus jeune au plus âgé, il n'y a pas de hiérarchie.

Quelles actions allez-vous mettre en place et pour quels publics ? 

Les actions vont être pour la plupart orientées autour du langage. Faire circuler la parole sur l'ensemble du territoire. Depuis le babil des tout-petits, une petite mise en miroir du pré-langage, aux souvenirs des ainés, avec la mémoire des noms, des lieux-dits, que je souhaite recueillir afin de construire une cartographie subjective du territoire et de ses appellations. En passant aussi bien sûr par les enfants avec des réalisations autour de la poésie sonore, autour du monde qui les entoure, en prenant par exemple pour appui les jeux de mots, les expressions imagées... C'est une façon de relier les personnes et les choses entre elles par l'écoulement de la parole, comme peut le faire la Lys à travers les différentes communes du territoire... Il y aura aussi une ou des soirées d'exposition-rencontre, ouvertes à qui veut, vous en saurez plus très bientôt.

Où pouvons-nous vous retrouver après votre résidence ? (exposition, etc)

Vous pourrez me voir cet été en Bretagne, à l'occasion de l'Art dans les Chapelles, une manifestation annuelle qui se déroule dans les alentours de Pontivy. Également un peu avant à Paris, dans le courant du mois de mai, lors d'une exposition avec la Galerie Gounod, qui me représente.